grattage fdjRobert Riblet mène désormais sur le Net le combat contre la Française des jeux, à qui il reproche de manipuler le hasard.

Avec plus de 11 milliards d'euros de mises en 2011 et une progression voisine de 10 % en un an, la Française des jeux ne craint pas vraiment la crise. On est de plus en plus nombreux à penser avoir davantage de chances de s'enrichir en jouant qu'en travaillant.  Grattage. Cash, Millionnaire et autre Black Jack totalisent désormais près de 45 % des ventes du monopole public.

 

« Il y a un loup »

En 2007, à la suite aux investigations des services de la consommation et de la concurrence, qui concluaient à une tromperie, une information judiciaire a été ouverte à Paris pour escroquerie et publicité mensongère. Dans les mois à venir, le juge d'instruction en charge du dossier dira s'il y a lieu de renvoyer ou non la Française des jeux en correctionnelle.

Sans attendre l'issue de la procédure, Robert Riblet mène désormais sa croisade sur le Net à l'intention des millions de joueurs qui grattent furieusement chaque semaine. « Ils ne sont pas tous égaux devant leurs tickets », martèle le sexagénaire avec d'autant plus de conviction qu'il est sorti vainqueur des procès en diffamation intentés par l'entreprise publique, qu'il avait notamment accusée de « tricherie organisée ».

 

En 2001, c'est dans un café rural de l'Aisne où il buvait l'apéritif avec des copains gendarmes que ce Géo Trouvetou, lauréat il y a vingt-cinq ans du concours Lépine, a compris qu'il y avait un loup. Sous ses yeux, un consommateur qui venait de demander une liasse de tickets a gratté jusqu'au moment où il a empoché le gros lot du carnet. Il s'est ensuite arrêté et a restitué au cafetier les tickets non déflorés. Ils ont aussitôt été remis en vente. « Tous les perdants ont eu leur chance », ironise Robert Riblet.

 

Après plusieurs années d'enquête et 33 000 euros de tickets achetés, Robert Riblet parviendra à prouver que la répartition des lots effectuée par la Française des jeux n'avait rien d'aléatoire. Au mépris dudécret de 1978 alors en vigueur, et qui  stipulait que la détermination des gains et leur attribution devaient être effectuées dans des conditions assurant l'égalité des chances entre les joueurs par des moyens faisant appel à l'intervention du hasard.

« Il n'y avait à l'époque en moyenne que trois bandes sur quatre qui comprenaient un lot significatif (supérieur à 20 euros) », relève Robert Riblet. Ce que ne pouvaient ignorer les buralistes. Peu scrupuleux, certains d'entre eux réservaient parfois les bandes neuves à leurs meilleurs clients et vendaient aux acheteurs de passage des tickets issus de livrets ayant déjà craché leur « gros lot».

 

La Française des jeux a naturellement tenté d'éteindre l'incendie Riblet en négociant la fin du contentieux contre un substantiel dédommagement de 450 000 euros. Sans résultat. Robert Riblet n'est pas à vendre!

 

En 2006, la rigueur du décret de 1978 a été quelque peu atténuée. L'intervention du hasard peut désormais « être totale ou prépondérante ». Et pour désamorcer la critique, la Française des jeux appose la mention suivante sur chacun de ses tickets : « Au moment de votre achat, certains lots ou certaines catégories de lots ont peut-être été remportés ».

 

Pas de quoi faire rendre les armes au pugnace Robert Riblet. « Quand un joueur achète un ticket, c'est comme s'il concluait un contrat. Si je me procure un ticket Cash sur lequel il y a écrit "Gagnez jusqu'à 500 000 euros", il n'est pas normal qu'au moment où je le paie, le lot ne soit plus gagnable. »

 

Pour chaque jeu de grattage, chaque année, des blocs comprenant le plus souvent des millions de tickets sont imprimés. Ils peuvent rester en vente plusieurs mois après le tirage des gros lots, alors que via ses détaillants, la Française des jeux enregistre informatiquement le paiement des tickets gagnants.

 « Pour que l'égalité des chances soit restaurée, il suffirait qu'elle diffuse immédiatement sur les écrans installés chez les revendeurs les numéros de série des blocs où les gros lots ont été gagnés », insiste Robert Riblet.

Une révolution qui signifierait sans doute la fin de son modèle économique.

 

Le blog de Robert Riblet :  http://jeux-robert-riblet.info/